Depuis quelques années, l’Orchestre philharmonique de Strasbourg souhaite ouvrir ses portes et familiariser les publics non seulement à la musique classique mais également au fonctionnement d’un orchestre. Szenik a rencontré Blandine Beaufils (chargée de la communication et des actions culturelles) et Karen Nonnenmacher (musicienne intervenante) pour parler de ces offres et de la place importante des arts dans l’apprentissage.
Les activités et les ateliers que l’Orchestre philharmonique de Strasbourg propose sont nombreux. Pourriez-vous nous donner un petit aperçu de ce qui nous attend cette saison ?
Blandine Beaufils : Cette saison, l’Orchestre philharmonique de Strasbourg propose un pan d’activités très large. Dès 3 ans, notre public peut accéder à des concerts et à des ateliers. Nous avons également une programmation pour les scolaires qui est le pendant de nos activités destinées aux familles et au jeune public. Nous offrons également toute une programmation dédiée aux étudiant.e.s.
Ces actions font vraiment partie de l’ADN de l’Orchestre. Elles se sont largement développées ces dernières années. L’idée est de proposer une offre variée à tous les publics, accessible à tous les âges, et ainsi d’être un orchestre ouvert sur le monde. L’idée est de montrer tout ce que l’Orchestre peut apporter à chacun en somme.
La mise en place de telles action demande-t-elle une coopération étroite avec le milieu culturel, associatif et pédagogique de la ville ?
B. B. : Nous travaillons étroitement avec les associations qui sont sur le terrain mais aussi avec les écoles et les enseignant.e.s. Karen est en lien avec eux au quotidien pour pouvoir leur proposer une offre sur mesure et adaptée à leurs besoins.
Karen Nonnenmacher : Depuis de nombreuses années, les enfants viennent à l’Orchestre par le biais de leurs enseignant.e.s. Le bouche à oreille fonctionne très bien pour ces offres qui sont en développement permanent.
Les arts ont toute leur place dans l’apprentissage scolaire des enfants ce qui explique notre offre riche en activités et ateliers. La plupart de ces actions ne sont pas payantes, il n’y a que les concerts scolaires qui le sont. Avec toutes ces propositions, nous essayons de planter des petites graines et voyons des enfants revenir avec leurs parents.
Il existe également une grande offre dédiée aux familles qui semble connaître un grand succès. Ces petites graines, deviennent-elles alors des arbres ?
K. N. : Il y a des ateliers pour les familles et des ateliers qui sont dédiés au public scolaire. Depuis trois ans, nous avons intensifié l’offre pour les familles comme, par exemple, la présentation des différents instruments. Notre offre s’est diversifiée. Outre les concerts qui sont maintenant plus nombreux, il y a des abonnements en famille pour sensibiliser, pour faire venir les enfants de plus en plus tôt à l’Orchestre. Parallèlement à ces concerts, se sont développés tout un éventail d’activités.
B. B. : L’idée est vraiment de rencontrer des musicien.ne.s, de rentrer dans les coulisses et de voir comment ça se passe derrière la scène. C’est ce côté-là de la programmation familiale qui remporte un franc succès auprès de l’ensemble du public et qui complète donc l’offre des concerts.
K. N. : L’Orchestre propose également des concerts jeune public tout au long de la saison. Ces concerts ont un format adapté avec un présentateur ou un commentateur, qui permet vraiment de rentrer dans l’histoire de l’œuvre et de sa composition. Le but est de se familiariser avec le grand répertoire. Ces concerts sont vraiment pensés pour être accessibles à des tranches d’âge différentes.

Comment ces ateliers aident-ils à briser les barrières entre les publics et les musicien.ne.s ?
K. N. : Il y a une proximité des musicien.ne.s qui permet de faire disparaître les barrières. La plupart de ces ateliers de présentation d’instruments se déroule dans une salle à taille humaine et non pas dans une salle de concert. Les participant.e.s peuvent également poser des questions de façon complètement libre. Cette mise en place souligne fortement notre objectif de rendre la musique classique accessible à toutes et à tous.
K. N. : Une des actions que nous proposons aussi à destination du jeune public, c’est une séance de découverte au départ de l’Instrumentarium Baschet. Ce sont quatorze structures sonores qui ont été inventées par les Frères Baschet dans les années 70. Ce sont des constructions étranges qui ne nécessitent pas un apprentissage préalable. Pendant une séance, l’enfant va réellement être musicien et apprendre comment on réagit aux codes de la musique et comprendre les mécanismes d’un orchestre.
Karen, vous êtes musicienne intervenante à l’Orchestre philharmonique de Strasbourg. Que retenez-vous de ces ateliers et de ce travail étroit avec les membres de l’Orchestre ?
K. N. : J’ai une formation de musicienne. Il y a des membres de l’Orchestre que je connaissais déjà avant de travailler pour l’Orchestre philharmonique de Strasbourg. Je travaille étroitement avec eux/elles. Tout ce que nous proposons reste sur la base du volontariat et les possibilités de chacun.e. Pour moi c’est une richesse de travailler avec eux/elles, parce que ce sont de belles rencontres et le partage d’une passion commune.
Au départ, mon envie de m’occuper de ces ateliers était vraiment liée à ma passion pour la musique et le travail avec les enfants. Je venais souvent avec mes parents à l’Orchestre et on avait même un abonnement, donc c’était un milieu qui m’était familier. Puis, ce sont ces rencontres, le public qui s’est développé, la coopération avec le milieu associatif qui m’ont plu et qui m’enrichissent chaque jour. Nous plantons des petites graines et espérons avoir des retours. Et ça fonctionne. Il y a des enfants qui ont commencé à apprendre des instruments parce qu’ils ont participé à nos ateliers. C’est une belle victoire.
Malgré toute cette belle offre que vous proposez, il se pose la question financière d’un billet de concert. Que propose l’Orchestre philharmonique de Strasbourg à ceux et celles qui n’ont pas les moyens de venir ?
B. B. : L’Orchestre philharmonique de Strasbourg attache une attention particulière à ce que tous les publics puissent assister à ses concerts. Nous savons que le prix d’un billet peut être compliqué à prendre en charge dans un budget serré. C’est pourquoi tous nos concerts sont accessibles à partir de 6 euros pour les étudiant.e.s. Cette saison, nous proposons également des tarifs à moins 50% qui sont accessibles aux jeunes jusqu’à 28 ans. Nous avons aussi augmenté les places dans la catégorie 4.
Nous avons plusieurs concerts cette année qui vont en particulier plaire aux étudiant.e.s, comme le concert à l’Université de Strasbourg le 21 octobre 2021. Nous avons également le plaisir d’accueillir Joe Hisaishi qui est le compositeur des films de Miyazaki et qui sera présent au mois de mai à l’Orchestre philharmonique de Strasbourg.

Aller à la rencontre de ces publics implique aussi de quitter la belle salle du Palais de la Musique et des Congrès. Ces concerts hors les murs sont-ils importants pour vous ?
B. B. : Ce côté hors les murs est une vraie volonté de l’Orchestre de se déplacer. L’Orchestre donne de nombreux concerts décentralisés dans l’ensemble du département. Au-delà des concerts, nous avons aussi des actions culturelles décentralisées. Cela fait vraiment partie de l’ADN de notre Orchestre d’aller à la rencontre de nos publics. C’est aussi une manière de toucher un public qui ne viendrait pas naturellement au Palais de la Musique et des Congrès.
K. N. : Depuis quelques années, nous avons un partenariat avec des médiathèques de la Ville de Strasbourg. Au départ, la Médiathèque de Hautepierre nous avait contacté afin d’accueillir des manifestations autour de la musique classique dans ses murs. Aujourd’hui, c’est quelque chose qui s’ouvre à d’autres médiathèques et qui va se développer encore plus largement sur l’Eurométropole.
Nous avons parlé des graines qui sont semées grâce aux ateliers. Mais le public, revient-il ?
B. B. : L’essence même de ces actions c’est de dire : venez pousser la porte, venez essayer et revenez même si vous avez moins aimé. L’idée de proposer ces concerts avec, par exemple, un présentateur pour un public plutôt familial, de proposer des ateliers avec Karen et nos musicien.ne.s et de se familiariser avec les musiques différentes. Alors oui, le public revient. Les jours de concerts nous revoyons souvent des têtes familières que nous avons pu voir lors d’un atelier. Donc ça fonctionne et c’est ce qui fait nous lever chaque matin.

Depuis trois ans, vous proposez le programme « Jeunes ambassadeurs ». Pourriez-vous nous en dire plus sur son contenu ?
B. B. : Ce programme permet à des jeunes de 10 à 21 ans de découvrir l’Orchestre et les coulisses durant une saison. Nous leurs proposons des rencontres avec notre nouveau directeur musical Aziz Shokhakimov, des solistes invité.e.s, nos musicien.ne.s et de s’impliquer dans les coulisses et le fonctionnement d’un orchestre. Ce projet permet de créer une promotion de jeunes ambassadeurs qui parle de notre offre à leurs classes ou leurs universités. On sait que le bouche à oreille fonctionne bien pour ces activités-là. Quand on en est témoin, il est plus facile d’en parler et d’amener des amis ou sa famille au concert.
Cette année, le public des jeunes ambassadeurs est très varié et nous nous réjouissons de les voir participer à la réussite de cette saison.
Photo : Jerôme Dorkel